La melhfa, une élégance entre hier et aujourd'hui

Très différente de la djellaba, la melhfa est utilisée par les femmes du sud du Maroc, aux portes du Sahara, pour se protéger de son sirocco étouffant. Il s’agit d’un très grand voile de tissu de couleurs vives. Long d’environ 4 mètres, il s’enroule autour du corps, afin de faire circuler la fraîcheur du vent et garder ainsi le corps à une température peu élevée.

 

Ces derniers temps, la melhfa a été remise au goût du jour par les nouvelles générations qui cherchent à se rapprocher des coutumes de leurs grands mères. Quelques variations sont cependant à observer. Les plus jeunes portent aujourd’hui la melhfa avec des couleurs plus joyeuses qu’avant. Le bleu, et surtout le noir, ne sont plus autant utilisés et laissent la place aujourd’hui à des tissus rouge ou rose. L’autre différence avec la melhfa « d’avant » réside dans le type de tissu, qui voit sa qualité augmenter et qui convient plus à l’utilisation que les jeunes en font à présent. Ce retour aux us et coutumes favorise grandement le développement de la fabrication des melhfas et contribue à la préservation des traditions locales sahariennes.

 

La melhfa est donc un morceau de tissu d’un seul tenant de 3,50 m sur 1,60 m qui sert de costume vestimentaire, emblème à ce jour de l’élégance féminine dans la civilisation saharienne, dite « atlantique », et qui fait partie intégrante de la riche culture hassanie marocaine. Son aire géographique s’étend du sud du Maroc, à l’Anti-Atlas et au fleuve Sénégal en passant par la Mauritanie. Aujourd’hui, dans des villes marocaines du sud, de Laayoune à Dakhla, les femmes et jeunes filles continuent d’avoir de l’engouement pour ce vêtement aux origines séculaires, en portant leur choix sur des couleurs chatoyantes, assorties au sac à main ou aux chaussures, quand ce n’est pas au tempérament ou au goût du moment.

 

La haute couture s’est emparée de la tradition de la melhfa pour la mettre au goût du jour…

 

Les stylistes de la haute couture et autres professionnels de la mode sont fascinés par la melhfa, source d’inspiration comme l’est en général la finesse et la sobriété de la civilisation saharienne. Mais de la melhfa ancienne qui se limitait à la couleur bleu indigo « nila », à celle d’aujourd’hui aux couleurs renouvelées et voyantes, et aux qualités diversifiées, que de changements intervenus. Mais le charme d’origine est préservé pour un usage vestimentaire loin de tomber en désuétude.

 

Melhfa est un mot dialectal qui dérive du mot arabe « lahafa » signifiant couvrir, envelopper. Il désigne donc un costume féminin, ce drapé d’un seul morceau de tissu qui sert de belle parure à la femme saharienne. Appelé « voile de Guinée » par les Européens, il est désigné du nom de « Chandor » par les Sahariens, du nom du village indien situé sur les rives occidentales de l’Hindoustan d’où provient, à l’origine, le tissu couleur indigo « nila ».

 

Un vêtement porté comme un langage codé

 

La melhfa couvre le corps de la femme de la tête aux pieds, s’enroulant tout autour d’une manière bien particulière. Ce vêtement original, propre à une région déterminée, marquant sa présence continue à quelques nuances près durant des siècles, des contreforts de l’Atlas jusqu’aux rives du fleuve Sénégal, est attesté dans la région saharienne « atlantique » depuis au moins le XIe siècle. Ce costume, bien qu’il soit passé par bien des mutations tout au long des siècles, avec parfois des vicissitudes pour l’approvisionnement – comme cela s’est passé durant la Seconde guerre mondiale – ce costume, donc, s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui. Bien plus, l’esthétique de ce drapé qui a traversé les siècles ne cesse de se développer, répondant à une demande accrue et à des goûts nouveaux.

 

Voilà une pièce de tissu qui a traversé les siècles et les générations pour devenir le symbole de toute une région.

 

Dans le passé, la melhfa portée par une femme pouvait marquer une signification précise, comme un langage codé grâce auquel on pouvait reconnaître une femme mariée, divorcée, ou encore désignant un statut social dans la société. De même, le type de melhfa portée pouvait signifier si la femme était jeune ou âgée, par exemple… Aujourd’hui, non seulement la couleur, la texture ou les motifs, mais aussi la manière de porter la melhfa peut révéler aussi bien la joie, le respect, la pudeur ou le désir que…l’affiliation politique !

 

Jusqu’au milieu du XXème siècle, la melhfa était dominée par la « nila », cette étoffe couleur indigo, dite de Guinée. Ses origines, donc, sont à chercher du côté de l’Orient, vers l’Hindoustan en passant par l’Afghanistan. Parvenue en Perse et en Syrie, elle a traversé la route des caravanes sahariennes d’Est en Ouest, et s’est imposée dans la région du Sahara « atlantique » grâce à l’avancée de l’islam vers l’époque médiévale.

 

Pour le prix d’un dromadaire adulte…

 

Dans le passé, et même jusqu’au milieu du XXèm siècle, ce tissu couleur indigo était considéré comme le plus beau cadeau apporté par les hommes aux femmes au retour des souks. Un rouleau de tissu, pouvant donner deux à trois melhfas tout au plus, coûtait le prix d’un dromadaire adulte âgé de plus de deux ans ! La particularité de cette melhfa traditionnelle étant qu’elle déteignait sur la peau et qu’elle en était d’autant plus appréciée. Quand elle cessait de déteindre ainsi, souvent la maîtresse de maison s’en débarrassait en l’offrant à une servante.

 

Aujourd’hui, les goûts et la mode ont fait évoluer le vêtement traditionnel.

 

Les mutations de la vie nomade après les grandes sécheresses du XXèm siècle, et la sédentarisation avec le développement des grands centres urbains en plein désert (comme Laayoune et Dakhla au Maroc, ou Nouakchott en Mauritanie), font que le tissu « nila », très apprécié jusque là et tenant le haut du pavé, commence à céder la place à d’autres étoffes de tissus peints, produits de manière industrielle, mais avec un grand choix de qualités de cotonnades et de variétés de couleurs. Ainsi, du statut de vêtement dominant, la melhfa couleur « nila » devient une exception au milieu de la pléthore de melhfas de diverses variétés, expressions des nouvelles tendances et des nouvelles générations.

 

Preuve s’il en est que la melhfa comme modèle d’élégance féminine, loin de se démoder, ne cesse au contraire d’être redécouverte, tissant une continuité féconde entre hier et aujourd’hui.

©Royal Air Maroc magazine

Le drapé saharien s’exhibe, dans toute sa splendeur, aux éditions Malika

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