A Ouarzazate, on fabrique des tapis «bio»

Une association de femmes utilise des techniques de coloration totalement naturelles

Jalousement gardé, le procédé a été transmis par une Japonaise de la Jica

 

Les femmes de l’Association Afouss Roufouss ne veulent pas éventer le secret de la teinture bio, grâce à laquelle elles fabriquent des produits très «tendance» et très prisés à l’étranger. C’est le seul moyen, disent-elles, de se distinguer et de garder des revenus durables

 

Avril blindé à Ouarzazate qui affiche complet. Touristes, nationaux et étrangers sont venus en masse. Certains pour se reposer, d’autres pour profiter de l’animation que connaît la région. En effet, après le festival Nayda qui a compté trois têtes d’affiche à savoir Two Tone (le rappeur d’origine marocaine), Raiss Tijani et le rocker Jbara, place à l’artisanat. La Fédération professionnelle d’artisanat d’Ouarzazate organise jusqu’au 4 mai prochain, la 4e Rencontre nationale de l’artisanat. Cette manifestation qui compte 125 stands installés sur la place Al Mouahidine reçoit des visiteurs par centaines, principalement le soir lorsque les températures sont plus clémentes. Toutes les filières du savoir-faire marocain y sont représentées. Bijouterie, dinanderie, céramique, tissage, marqueterie, broderie… Et aussi, de l’artisanat dédié à la fabrication d’accessoires pour les métiers du cinéma. Une spécialité propre à la région vu l’activité cinématographique qu’elle connaît.

 

Un produit a plus retenu l’attention que les autres, c’est le tapis bio, clou de la foire. A première vue, c’est un stand comme un autre où on expose des tapis fabriqués localement. Toutefois, le processus suivi dans la fabrication de ces tapis est spécial. Les colorants utilisés sont 100% naturels, faits à base de feuilles d’olivier, épluchures de grenadine, d’oignons, henné… et bien d’autres encore. Pas de produits chimiques utilisés par souci pour l’environnement et pour le confort des personnes sujettes à allergie.

C’est l’association «Afouss Roufouss» (main dans la main en berbère), à 35 km d’Ouarzazate qui s’occupe de la fabrication et de la commercialisation de ces tapis. En tout, elles sont 18 femmes du douar lmdint de la commune Amerzgane, à assurer. Mais cette technique de coloration des tapis ne leur a pas été laissée en héritage. Elles l’ont apprise avec l’aide d’une représentante de l’Agence japonaise de coopération internationale (Jica).

Cette japonaise a passé plus d’un an et demi au douar avec les femmes pour leur apprendre ces techniques et les convaincre de se regrouper en association afin d’avoir un revenu et améliorer leurs conditions de vie.

Désormais, ce secret est jalousement gardé. «Nous voulons nous distinguer en gardant l’exclusivité sur cette façon de faire, le seul moyen pour nous de rendre durable nos revenus», dit cette jeune femme. Pour un tapis de 1 mètre sur 60 cm, le prix affiché est de 350 DH, sachant qu’il faut une dizaine de jours pour le finaliser. Soit un labeur de longue haleine pour un bénéfice relatif. Heureusement, la création d’un site web grâce à l’aide d’une jeune rencontrée lors d’une foire permet à l’association d’être visible à l’international et d’exporter ses tapis dans différents pays dont les Etats-Unis. Mais les prix restent toujours timides pour ces petits chefs-d’œuvre très appréciés des connaisseurs.

 

©Fatiha NAKHLI, leconomiste.com

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