Désormais, portons la kipa, le hijab ou le turban

C'était le ramadan. Nous étions en vacances, le ramadan ce n'est pas pour nous, nous ne sommes pas musulmans. Ni catholiques, ni protestants, ni juifs, déistes peut-être à nos heures. Sans doute, plus que probablement.

 

Nous étions plus précisément à Ouarzazate, quelques jours avant de nous rendre dans le désert pour une méharée. Notre but? Être au milieu du désert, pour fêter l'an 2000 en dehors de la foule et de l'hystérie collective.

 

Nous attendions des amis qui allaient nous rejoindre à Zagora.

 

Marcher au milieu du désert, (tiens, c'est là que ce sont nées presque toutes les religions), sorte d'hommage à Théodore Monod que j'admire qui venait de mourir.

 

Le désert n'est-il pas le plus lieu beau lieu pour passer le cap du millénaire et pour remettre notre vision du monde en perspective ?

 

Madame Marois devrait y faire un tour. Question de remettre des valeurs à leurs places.

 

Nous allions marcher des jours en suivant les dromadaires, Youssef, Mohamed et leurs chameliers berbères allaient nous guider. Tamegroute. Mhamid. Mais ce billet n'a pas pour but de parler de voyage même s'il le fait.

 

En attendant, nous déambulions dans les rues de Ouarzazate, à la recherche de la Casbah de Taourirt, le long de l'avenue Al-Maghreb Al-Arabi, croisant le regard de «ces femmes» voilées, habillées de pied en cap dans leur hijab, leur abaya ou leur djellaba. Je ne sais trop ce qu'il faut dire exactement. Par contre, des idées sur la question, j'en avais plein la tête.

 

Je ne sais par quel processus de rencontre, par quelle magie de la nature humaine, nous nous sommes ouverts autant qu'elles l'ont fait.

 

Cette magie de la différence qui nous enrichit et a fait fondre comme neige au soleil toutes les craintes culturelles.

 

À la fin du jour, au moment où le soleil se couche, nous avons été invités à partager le repas avec elles, dans leur maison, avec leurs enfants, déguster leur recette d'harira dont elles étaient fières. Manger ce pain batbout avec des tajines. Boire le thé à la menthe si sucré que l'on ne goutte plus celui des cornes de gazelles. (Pourtant la plupart des familles sont bien moins riches que nous le sommes.)

 

Tant et si bien que pas un soir, nous n'avons mangé au restaurant de l'hôtel.

 

«Pendant le ramadan, il est normal d'ouvrir sa porte et de partager le repas,» nous disaient-elles tout sourire en nous invitant à franchir le seuil des portes métalliques, à découvrir leurs enfants, leur intérieur et leur mode de vie.

 

Combien de fois avons-nous ici, ouvert notre porte à des musulmans que nous ne connaissions pas pour les inviter à manger parce que c'est Noël? Sincèrement?

 

Nous avons été invités dans les arrières boutiques pour boire du thé à la menthe, même dans de petits verres, la quantité dépassait la capacité de ma vessie. Je me souviens du visage buriné de celui qui tenait le magasin et qui a offert à ma blonde, un bracelet en argent transformé en une boîte à bijoux. «Pour les futures femmes qui se marient, c'est une coutume chez nous» a-t-il dit. Il a à peine cherché à nous vendre un kilim ou une antiquité. Il a dit simplement: «Vous allez vous marier un jour? C'est bien!»

 

Lorsque nous marchions dans le désert, croyez-vous que nos amis berbères, respectant le ramadan, nous interdisaient de manger?

 

Ils nous préparaient les repas sans jamais y faire la moindre allusion. Ils nous tenaient compagnie, sans boire ni manger. Je ne m'imaginais pas combien (avant qu'ils me le confient à la fin du périple) cela devait être dur pour eux, bien plus que la privation.

 

Le 31 au soir, une surprise de leur part nous attendait sous la tente. Un arbre de Noël fait d'une plante grasse qu'ils avaient cherchée (pas mal de temps, je le soupçonne, il n'y pas grand-chose dans le désert et encore moins des sapins).

 

À l'heure de la grande aiguille faisant le grand saut dans l'autre millénaire, les Berbères ont ouvert LA bouteille (celle qu'ils avaient avec eux à se partager entre nous - pourtant l'alcool leur est interdit). Ils n'en ont a pas bu.

 

Ils savaient que nous fêtions les choses ainsi et que c'était important pour nous, du moins l'imaginaient-ils. Le goût de ce geste plus que le corps de ce cépage est gravé.

 

Ce respect de ce que nous étions.

 

Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit. Que l'extrémisme et la vision de l'islam des talibans est à suivre ou que je l'approuve.

 

L'extrémisme sous toutes ses formes est néfaste et nous écarte de la valeur humaine. Tout comme l'est, le Tea Party ou la scientologie.

 

Je me lèverai toujours contre toute forme d'extrémisme et de diktat idéologique et théologique.

 

Par contre, je ne me prononcerai pas sur cette tendance facile de dire que telle ou telle attitude religieuse est bonne ou mauvaise. Je laisse cela à l'interprétation de chacun. 

Le libre examen.

 

Je pense seulement que la laïcité ne nous donne pas le droit pas de juger la différence.

Il nous faut voir la réciprocité des choses. La valeur.

 

Celle des femmes qui désirent porter un hijab par choix, parce que cela fait partie de leur identité. Je respecte cela.

 

Combien sommes-nous à nous poser la question quand nous allons chez eux, en vacances sur «leurs plages, suivant leur vision de leur monde». 

 

D'ailleurs, sur les photos de vacances d'une amie postées dernièrement sur Facebook, je voyais (nombre de photos ressemblant à celles-là), des touristes, qui comme elle se promenaient, arborant leur bronzage, dans un maillot deux pièces. Sur les plages de Djerba (et celles de Sharm El Sheikh) jusqu'à preuve du contraire, nous avons toujours pu le faire. C'est tant mieux.

 

Ne nous en plaignons pas, alors que dire d'un voile autour de la tête, chez nous ?

 

Le Huffington Post Québec, 30/09/2013

 

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